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Compte-rendu des réunions

Compte-rendu des assises

 

Vème Assises du CPMDT du 18 au 20 janvier 2010 à Gannat

Etaient présents : Jean-François Vrod, Marc Anthony, Stéphane Milleret, Dominique Pétetin, Boris Trouplin, Benjamin Macke, Christophe Sacchettini, Anne-Lise Foy, Jean-Pierre Aufort, Gabriel Lenoir, Jean Léger, Virginie Basset, Margaux Liénard, Miqueu Montanaro, Jac Lavergne et Camille Passeri.

 

Lundi 18 janvier

Accueil et repas à la Maison du Folkore de Gannat (63)

14h30 – 18h30 : La diffusion

Rencontre avec 3 acteurs de la diffusion des musiques traditionnelles : Emmanuelle Perrone de l’Association Nationale des Cultures et Traditions de Gannat (63), Sylvain Giraud du Nouveau Pavillon de Bouguennais (44) et Pascal Favier du Guinguois de Montluçon (03).

L’Association Nationale des Cultures et Traditions de Gannat, organisateur notamment du Festival des Cultures du Monde, est une association qui a environ 40 ans, pour la promotion du patrimoine culturel immatériel : musique, danse, rituels, masques, marionnettes…

L’association compte 10 salariés presque à temps plein :

-          programmation saisonnière : les Scènes Trads

-          coopération internationale

-          diffusion des musiques traditionnelles et folkloriques du monde

Plusieurs projets :

-          Ecole des savoirs : collectes de savoir-faire et sensibilisation pour le jeune public.

-          Projet Massif Central : travail de 5 ans, mise en relation de plusieurs régions pour une dynamisation du territoire : programmation, aide à la production de spectacles, structuration du secteur, résidences, création…

-          Scènes Trads (actuellement itinérant suite à des problèmes de voisinage…) : plusieurs lieux, donc plusieurs publics, projets avec les collectivités locales.

La structure déplore le manque de moyens et de publics pour les Scènes Trads, projet un peu dans l’ombre du Festival, plus voyant aux yeux du public et des financeurs.


Le Nouveau Pavillon de Bouguennais, créé en 2004 (suite à la proposition de la DRAC), s’occupe principalement de diffusion culturelle. C’est une scène conventionnée d’une jauge d’environ 200 places pour une saison d’environ 15 concerts dont le Festival Brèches. Il y a également des résidences d’artistes et des actions culturelles avec divers partenaires : conservatoire de Nantes, de Saint-Nazaire, écoles de musique, collèges…). Il y a 2 salariés quasiment à temps plein.

Le Nouveau Pavillon sert également de partenaire artistique pour les centres culturels locaux, conseils de programmation etc. Son directeur, Sylvain Giraud, déplore le manque de militantisme des Affaires Culturelles.


Sylvain Giraud et Emmanuelle Perrone ont parlé également de leurs travaux et réflexions au sein de la FAMDT. Une nouvelle charte de 2009 expose leurs objectifs d’ici à 2014. Il y a notamment la création d’une commission « pour le développement du spectacle vivant professionnel » dont les objectifs sont les suivants, je cite :

« Créer un véritable réseau professionnel des acteurs du spectacle vivant issus des musiques traditionnelles, construit en écho, en interaction et en cohérence avec les pratiques en amateur :

 -          Coordonner et renforcer les acteurs du réseau sur le secteur :

L’objectif est de mettre en réseau des artistes et des développeurs d’artistes (compagnies, ensemble musicaux, attachés de presse, tourneurs, manageurs) pour imaginer des outils de mutualisation et de solidarité au niveau national, et pour porter, par le biais de la FAMDT, des revendications au niveau des collectivités. Mise en place de journées de travail pour répondre aux besoins exprimés.

 -          Coordonner et renforcer les scènes de diffusion/création sur le secteur :

Revendiquer au niveau national et régional l’idée de scènes de musiques traditionnelles conventionnées et labellisées, scènes englobant les deux dimensions : soutien à la création et diffusion.

Mettre en place à échéance 2014 un réseau interne à la FAMDT des lieux de création/diffusion pour les musiques traditionnelles. L’idée est de favoriser la mutualisation en matière de coproduction, d’initiative artistique, de rencontre entre les musiques traditionnelles en France, et de faciliter l’organisation de tournées communes, la circulation des œuvres au niveau national.

 -        Accélérer la (re)connaissance des musiques et danses traditionnelles dans le réseau généraliste du spectacle vivant :

Définir une stratégie nationale pour faire entrer les musiques et danses traditionnelles dans le réseau des scènes généralistes : scènes nationales, théâtres de ville, centres culturels…

Repenser un temps fort médiatique d’impact national qui affirme l’idée de vitalité et de créativité artistique des artistes issus des musiques traditionnelles, autour de Planètes Musiques. »

Sylvain Giraud, représentant ici la FAMDT souligne le souhait d’un travail sur la question avec le CPMDT. Le CPMDT de son côté, par la voix de certains de ses membres, s’est étonné de l’ampleur des objectifs fixés par la FAMDT à échéance de 2014. La question qui est soulevée est récurrente : « Faut-il soutenir la création de lieux de diffusion à travers un réseau spécialisé ou essayer d’intégrer les musiques traditionnelles aux lieux et réseaux existants, notamment les SMAC ? »


Le Guinguois est une SMAC basée à Montluçon (03) dont la programmation comprend une quinzaine de concerts de musique traditionnelle sur une saison de 35 concerts en moyenne. L’autre facette du lieu est la musique improvisée. C’est une association de 7 salariés, la jauge de la salle est de 150 à 200 places. Le Guingois construit des partenariats avec le conservatoire de Montluçon et le Musée des Musiques Populaires. Son directeur, Pascal Favier, explique comment la musique traditionnelle s’est intégrée de fait à la programmation dès les premières années du lieu. Malgré un souhait d’indépendance artistique dans la programmation, il se sent prisonniers des attentes du public. Le Guinguois apparaît comme un modèle de SMAC qui a su intégrer les musiques traditionnelles à sa programmation.


Mardi 19  janvier

9h30 – 12h30 : Interventions de Miqueu Montanaro et Jean-François Vrod



Durant cette matinée Miqueu Montanaro et Jean-François Vrod ont présenté chacun leurs modes de travail à travers leurs influences, leurs rencontres, leur évolution personnelle... Leur discour a été accompagné de nombreux documents tels que vidéos, extraits musicaux, photos...

Vous pouvez télécharger ici l'intervention de Miqueu Montanaro ou la retrouver sur son blog www.montanaro.over-blog.com

Et ici celle de Jean-François Vrod

 
14h30 – 18h30 : mise en pratique

L'après-midi a été consacrée à la mise en pratique des modes de travail de Miqueu et Jean-François qui, à travers des exercices, nous ont fait respectivement travailler sur l'improvisation collective et indivuelle et réfléchir sur l'identité des mélodies, l'identité de l'espace de jeu...

Les créations de l'après-midi ont permis d'élaborer 4 pièces qui ont été jouées le soir pour le public local.



Mercredi 20  janvier

Rencontre avec Yvon Guilcher

Autour de la table, nous étions deux clans : ceux qui connaissaient Yvon et les jeunes qui ne l’avaient jamais rencontré. Il fut un des inventeurs du bal folk en France, danseur, chanteur, collecteur, chercheur, musicien, pédagogue, membre de Mélusine ; aujourd’hui il est surtout visible via les multiples activités de l’ADP dont il est co-fondateur, et surtout les stages de danse qu’il anime en s’accompagnant à la voix.

Dans le droit fil de notre réflexion sur le rapport musique-danse, nous lui avions demandé de venir nous parler du rapport musique-mouvement dans la musique traditionnelle. Nous connaissions son esprit polémique mais aussi sa générosité et nous ne craignions nullement que la séance se borne à de courtoises provocations, venant de quelqu’un qui tire volontiers à boulets rouges sur la grande majorité d’une production « revivaliste »…qu’il a lui-même initiée.

Nous n’avons pas été déçus. L’ensemble de la matinée nous vit suspendus à une causerie que nous ne résumerons pas ici : il suffit de se reporter à la motion en ligne sur le site de l’Atelier de la Danse Populaire (www.adp-danse.com/) pour connaître les options de cette association qui se base entre autres sur les travaux de Jean-Michel Guilcher, à partir de deux propositions :

« - la danse est le produit d'une histoire. Sa genèse, son évolution et sa raison d'être ne peuvent s'apercevoir en dehors de l'observation d'une société donnée.

- la danse traditionnelle est quelque chose d'original, tant par sa fonction que par sa nature même (qualité du mouvement, rapport à la musique). »

Ces travaux et propositions ont servi de base à une démarche d’une rigueur extrême qui prône la recherche des fondamentaux reliant les types de danses traditionnelles en Europe de l’Ouest, et l’étude approfondie des répertoires originaux et à travers eux de l’ossature musicale qui permet l’existence d’une danse – et pas d’une autre. Elle encourage également l’étude inlassable des sources (et de leurs conditions de transmission dans une société donnée) et leur questionnement par une méthode ethnomusicologique d’une grande honnêteté (sans s’interdire la re-création), et milite farouchement contre l’établissement d’un Diplôme d’Enseignement de la danse traditionnelle.

L’homme est caustique, voire féroce. Il est brillant (cela s’oublie), surtout éclairant (cela transmet et rend meilleur). Posant quelques perspectives historiques depuis Louis XIV et Lully pour en arriver aux sociétés traditionnelles européennes d’avant et après 1914 (avec une prédilection pour la Bretagne, les Landes, le Berry, l’Ecosse), remplaçant volontiers la danse (il souffre du genou) par le chant pour illustrer un propos clair, concis et complexe à la fois, et toujours clairement resitué dans une perspective historique d’autant plus déroutante qu’elle pose toujours plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, enfin taillant dans le festin avec la précision d’un Lévi-Strauss soucieux de finir à l’heure sans omettre aucun os du squelette, il convainc et séduit en même temps.

On est d’accord ou pas. Une chose est certaine : si on ne l’est pas, on a intérêt à argumenter. C’est à quoi fut consacré l’après-midi (plutôt qu’à une pratique) : un débat réclamé par tout le monde pour explorer quelques-unes des pistes ouvertes le matin par Yvon. Il convenait de s’affranchir des positions esthétiques « passéistes » (il le dit lui-même) qui, si on les prend au pied de la lettre, nous forcent à constater que personne, autour de la table, ne fait réellement de la musique traditionnelle. Il nous eut fallu bien plus d’une après-midi pour lui faire toucher du doigt que pour les plus rigoureux d’entre nous, le purisme n’est pas une fin mais un début. Qu’importe. Bien plus qu’un maître à danser, Yvon est un maître à « pensée complexe » ; à nous de lui piquer ses outils et de tailler notre route avec. Ces perspectives ont rendu cette journée une des plus passionnantes des Assises telles que nous les vivons depuis 5 ans.

Compte rendu des IVèmes Assises du CPMDT
du 12 au 14 janvier 2009 à Monterfil (35)

Compte rendu des IIIèmes Assises du CPMDT
du 17 au 19 décembre 2007 à Foucherans (25)

Compte rendu des IIèmes Assises du CPMDT
du 31 octobre au 2 novembre 2006 à Duerne (69)

Compte rendu des Ières Assises du CPMDT
du 28 au 30 septembre 2004 à Correns (83)